Cinema

Everybody knows 2
Asghar Farhadi, Everybody knows, 2018. On se demande pourquoi un cinéaste iranien fait un film en Espagne et lui donne un titre en anglais. De tout cela, il s’est expliqué dans la presse et, dans le fond, le caractère méditerranéen, les peaux sombres, les yeux noirs, la vie d’une province rurale proche du clan ou de la tribu, les regards suspicieux à l’égard des étrangers et des intrus, bien des traits font de ces scènes espagnoles un drame qui aurait pu se jouer en Iran ou dans d’autres contextes villageois. Ce n’est pas cela qui m’a déçue dans ce film d’un cinéaste qui m’a passionnée jusqu’...
la camera de Claire
Mister so and so Le cinéma du Coréen Hong Sang-Soo nous apporte une vraie bouffée d’air. Pour qui a suivi la série de ses films depuis In another country , déjà tourné avec Isabelle Huppert sur un mode léger, puis Un jour avec, un jour sans , Seule sur la plage la nuit , et maintenant, La caméra de Claire , ce réalisateur apporte quelque chose au cinéma. Série n’est peut-être pas le terme adéquat, car le style de Hong Sang-Soo se situe aux antipodes dédites « séries », autrefois appelées « feuilletons » dont on nous rebat les oreilles et qui rendent tant de...
Phantom Thread
Phantom Thread film dramatique britannico-américain écrit et réalisé par Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps et Lesley Manville Le fil fantôme ou le tissu fantôme, ou le fil du fantôme et même to thread the needle en tant que métaphore des rapports érotiques entre un homme et une femme, l’ OED , l’ Oxford English Dictionnary , permet toutes ces interprétations, richesse polysémique de la langue anglaise que nos cousins canadiens québécois restreignent, me semble-t-il, en proposant à ce film le titre Le fil caché . Ce film qui a cumulé...
La douleur
La douleur. Film d'Emmanuel Finkiel Quand je suis sortie de La douleur, je me suis dit que c’était un film formidable. Ce n’est pas la douleur qui est formidable, bien sûr, c’est l’attente, la mise en scène de l’attente de quelqu’un qui, quoi qu’il en soit, ne reviendra pas, même s’il revient. Car en définitive il n’a fait que se prêter, il n’a fait qu’incarner le personnage de l’attente dans un contexte éminemment précaire, dangereux où il faut tout donner de soi en réservant l’essentiel par-devers soi. Il m’a semblé avoir déjà vécu une situation à certains égards comparable, quand je...
12 jours
Raymond Depardon, 12 jours : Beckett au parloir. Je ne sais pas ce qui me révolte du film ou de la procédure qu’il décrit, ou bien encore s’il s’agit de la procédure dans le dispositif bref, d’un film qui me concède une position intenable, m’enfermant avec lui dans la boîte à images et accessoirement la boîte à folie. Dans Les Habitants déjà, Depardon enfermait les gens dans une boîte, une sorte de photomaton/caravane dans lequel ils échangeaient des propos le plus souvent d’une pauvreté désarmante et pitoyable, complètement pris dans les stéréotypes, la misère de leur...
Julieta
Réflexions à partir du film Julieta Louise Grenier RIEN SUR MA FILLE ? Une « ombre à peine capable de revivre » (Freud) [2] : voilà comment Freud désigne le lien à la mère et ses affres dans l’histoire des filles, ce qu’il appelle le préœdipien : une ombre qui se heurte à un refoulement inexorable et qui ne cesse de hanter la psyché féminine. Dans le film Julieta , le maternel est une mémoire liquide où errent des naufragés et des signifiants arrachés au silence de Pontos. [3] Freud écrit : « La pénétration dans la période préœdipienne de la petite fille nous surprend comme...
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Happy end Michael Haneke
Michael Haneke, Happy end , 2017 (pour ceux qui ont déjà vu le film ou qui n’ont pas peur de connaître la fin) La critique ne semble pas avoir tellement aimé le dernier film de Haneke. Il n’apporterait rien de plus à l’œuvre du cinéaste, n’aurait pas la grandeur du Ruban blanc , ainsi qu’une comparaison nous en avertit, dans Le Monde qui publie, le même jour (ce mercredi 4 octobre 2017) un article sur le premier, donné sur Arte et sur le second qui sort en salle. Il se trouve que j’ai vu Happy End en avant-première, au cinéma Utopia de Bordeaux, il y a une...
Un beau soleil intérieur, Claire Denis
Un beau soleil intérieur , Claire Denis « — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie » Si je cite Nerval, El Desdichado , en épigraphe, ce n’est pas tant pour placer sous le signe de la « mélancolie », le film de Claire Denis, que pour signaler qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil… de la névrose. Si l’on s’identifie au personnage d’Isabelle, — et comment ne le ferais-je pas ? — que le film est agaçant ! Documentaire sur la névrose ordinaire d’une femme d’aujourd’hui, ses errances sentimentales, sa quête amoureuse aussi persistante...
barbara
Barbara , Mathieu Amalric, Jeanne Balibar : « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous ! » Le film Barbara n’est pas seulement un beau film, émouvant, en hommage à la grande chanteuse, mystérieuse et douloureuse, c’est un film d’amour, une histoire d’amour ou de l’amour. Il n’est pas indifférent que le public sache que Mathieu Amalric et Jeanne Balibar ont été un couple. Le spectateur se demande ce qui a bien pu séparer ces deux êtres magnifiques et qui semblent s’aimer, l’un offrant à l’autre, tous les deux également, ce film qui lui ressemble. Peut-être devine-t-on que...
Village, visages
Agnès Varda et JR, Villages visages De l’émotion qui ne serait pas du pathos Quoi de plus difficile à définir que l’émotion et plus encore l’émotion esthétique ? Beethoven était extrêmement fâché contre Goethe qui lui avouait avoir « pleuré » en écoutant l’une de ses œuvres : « les artistes sont de feu, ils ne pleurent pas » [1] . Beethoven détestait les Viennois qui larmoyaient au concert, détestait ce sentimentalisme. Il voulait que l’on écoute et comprenne sa musique, que l’on ressente un autre type d’émotion qui ne relèverait pas du pathos mais inciterait à l’action...

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