Dates:
Samedi, novembre 17, 2018 (Jour entier)

Adresse

FIAP, 30 rue Cabanis, 75014 Paris (métro Glacière)
75014 Paris
France
Adresse du site Web: Organisateur(s) du congrès:
CIPA - COLLÈGE INTERNATIONAL DE PSYCHANALYSE ET D'ANTHROPOLOGIE
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Christine Gioja Brunerie

La Démocratie moderne se fonde sur le citoyen autonome comme souverain ultime en sa capacité de rationalité. Mais en se confrontant aux individualités qui constituent le socle subjectif de cette citoyenneté, elle fait l’épreuve des composantes de l’affectif, du sensible et des émotions. Pour des raisons qu’il conviendra d’interroger, la mise en rapport au sensible n’est souvent pas conçue de la même façon pour les hommes et les femmes. Et il en est de même du contact avec la part de féminin et de masculin en eux et dans le social. Nous envisagerons donc le sensible au croisement du politique, à travers l’un des vertex du féminin, celui de la fragilité, de la faille, de l’incomplétude.
Avec le néolibéralisme, le sensible peut devenir un enjeu entre le féminin et le masculin, car le système social s’est organisé autour de la norme virile dans ce qu’elle a de plus violent et prédateur. L’actualité est venue nous le rendre visible : l’emprise, le harcèlement sont des rapports de force « phalliques ».
Or, l’histoire nous montre que le nazisme et le fascisme ont relégué le sensible en le clivant entre une image maternelle idéalisée, la « génitrice de la nation », et l’image de la putain séductrice qui peut s’adonner au plaisir et à la jouissance sans limites. Aujourd’hui, les idéologies extrémistes pénètrent aussi les strates les plus profondes de la psyché singulière en son lieu de jonction avec le corporel, faisant réémerger la même angoisse majeure face au féminin.
Nous interrogerons aussi l’art pour penser le sensible articulé au sensoriel, à l’inconscient et au politique. Selon Jacques Rancière, l’art donne du sens aux manières de voir, de sentir et de dire, bouleversant ainsi la hiérarchie des postures de chacun. Dans ce tissage émotionnel, se jouent autrement les rapports fondamentaux des êtres sociaux à la connaissance, donnant à penser une possible humanité commune qui fait émerger des pratiques d’émancipation auxquelles nous nous intéresserons.
S’ouvrir à un sensible circulant entre le masculin et le féminin, c’est s’ouvrir à une clinique psychanalytique qui interpelle l’anthropologie, met en mouvement des potentialités et ne s’enferme pas dans des catégories sans issues, celles des représentations sans signifiés et des sensations sans pensées.
Le sensible/féminin aura-t-il gain de cause sur la modernité pour penser autrement et libérer l’imagination créatrice ?