Moi, Sigmund Freud 1er épisode : Siggi, un enfant en or

https://www.franceculture.fr/emissions/grande-traversee-moi-sigmund-freud/siggi-un-enfant-en-or

Une prairie jaune et du pain noir. Une nourrice tchèque et une comptine. Une chute de tabouret et un médecin borgne. Les premiers souvenirs d’enfance du père de la psychanalyse. Colporteurs de père en fils, les Freud font du négoce de tissu, de fourrure et de miel entre la Galicie et la Moravie. Jusqu’à l’âge de trois ans, “Siggi” vit donc à Freiberg avec son père, sa très jeune mère, sa petite sœur, ses oncles et ses cousins de passage dans une pièce unique, au-dessus d’un atelier de serrurerie. L’enfant entend tout et voit tout : le yiddish que lui parle sa mère, le tchèque que lui chante sa nourrice, la disparition d’un petit frère, la naissance de sa petite sœur, le corps de sa mère nue.

 

Grande Traversée. Moi, Sigmund Freud

Comments (3)

« Je trouve ce site tout particulièrement intéressant. Il est fait avec beaucoup de simplicité, il amène à la réflexion, parfois (encore pour moi, une vieille dame) à la découverte. Il est vraiment le bienvenu pour les jeunes cliniciens qui vivent dans un monde où les querelles de chapelles continuent. Où la Psychanalyse doit reprendre sa place, et en aucun cas être « bradée ». Nous disposons d’un « objet » précieux : comme la trame du fil rouge…. Nous devons le respecter, s’en servir aussi afin d’aider, encore et encore. Et Oedipe nous y aide. Merci. Patricia Blanchet. Psychologue Clinicienne. "
Moi, Sigmund Freud I - Siggi, un enfant en or Luiz Eduardo Prado Pour une archéologie de la psychanalyse I Il existe sur le marché une centaine de biographies de Freud. Il y a quelque temps, le journal Le Monde nous renseignait : « La collecte d’informations du dépôt légal [de la Bibliothèque Nationale de France] permet aussi d’établir la liste des cent personnalités les plus étudiées sur la période récente (2013-2015). Si Napoléon 1er, Louis XIV et Freud occupent les trois premières places du podium… » Quoi de commun entre ces trois personnages ? Parmi ces biographies de Freud, quelques une sont fondamentales : celles d’Ernest Jones et de Peter Gay, en anglais ; d’Élisabeth Roudinesco, en français, maintenant aussi en anglais, consacrée en 2017, par le New York Review of Books (NYRB), et — qui plus est — par un « détracteur » de la psychanalyse ». C’est que l’auteure lui semble la première d’importance à reconnaître enfin la véritable nature de la pensée de Freud, dépourvue de portée scientifique et pleinement inscrite dans son siècle . Parmi les travaux français, il est important de mentionner celui d’Olivier Douville, Chronologie de la psychanalyse du temps de Freud, riche en faits incontestables et en surprenantes relations chronologiques au sujet de l’histoire de la psychanalyse. Ce n’est pas une biographie de Freud, mais une premier rare jalon pour une histoire de la psychanalyse. Maintenant, ceux qui s’intéressent à ces sujets devront compter avec cette phénoménale émission organisée par France Culture, série documentaire produite par Christine Lecerf réalisée par Julie Beressi, phénoménale non seulement en nombre d’heures qu’elle lui consacre (la plus remarquable restant les quinze émissions organisées par Roger Mauge en 1969 à la R.T.L., reprises par les éditions Tchou), mais surtout par la palette de signatures qu’elle regroupe. Pour la première fois dans l’histoire de la psychanalyse, me semble-t-il, nous avons un tel casting international, l’équivalent en termes éditoriaux de la référence à la plus large des sources bibliographiques disponibles, essentiellement en langue anglaise, puisque les allemands et les scandinaves publient en cette langue. Dans notre émission, ces sources sont d’abord internationales : Lisa Appignanesi, écrivaine, mais aussi historienne de la psychanalyse, qui signa jadis avec le très regretté John Forrester un Les femmes de Freud ; Christfried Tögel, un des plus précis historiens de la psychanalyse de nos jours, qui découvrit d’importants documents de la plume de Freud ; Michael Molnar, ancien directeur du Musée Freud de Londres, lui aussi historien chevronné de la psychanalyse ; à leur niveau, côté français, seule Elisabeth Roudinesco. Des porteurs d’autres points de vue leur emboîtent le pas, néanmoins : Georges Arthur Goldschmidt et Jean Clair, nom de plume de Gérard Régnier, académicien ; ils se passent d’une présentation même succincte, notre ami Max Kohn, psychanalyste, studieux des sources juives de la psychanalyse, Jacques Le Rider, historien, et Laurence Kahn, psychanalyste, essayiste et écrivaine. Face à eux, côté international, seule Jane McAdam Freud, fille de Lucian Freud et de Katherine McAdam, artiste plasticienne qui livre un bel témoignage sur Sigmund Freud en Père Noël. Chacun y va de son témoignage, de son expérience de la psychanalyse ou de son histoire. Au niveau des participants invités néanmoins, une mention très spéciale me semble revenir à Jiří Jurok, historien de la Moldavie, région d’origine de la famille Freud, où se situe la ville de Přibor de son nom tchèque, ou Freiberg de son nom allemand, en actuelle République Tchèque, d’où vient un dernier invité, Martin Petras, psychanalyste et traducteur, aujourd’hui installé en Belgique. Pour des raisons de roman familial, Freud se réfère à Freiberg, jamais à Přibor. Jurok et Petras donnent d’emblé une notion de la constellation langagière de notre enfant en or : le yiddish comme colonne dorsale, le tchèque comme bain général, et puis les dizaine de langues qui se mélangeaient dans la région : l’allemand, le ladino, le portugais, le polonais, le grec, l’albanais, l’arménien, le roumain, le russe, un peu de français et déjà l’anglais (Elias Canetti, Histoire d’une jeunesse, la langue sauvée). Qui mieux qu’un historien de la région pour décrire la ville et la maison de Freud ? Trente mètres carrés pour six personnes, nous sommes loin de la mythologie qui situait la naissance de Freud dans « une famille de commerçants juifs aisés dont la situation sociale s'était dégradée », version proposée par Freud dont on nous affublait jadis et qui figure encore dans l’Encyclopédie Universalis. Ce bon Jakob, père de Freud, était plutôt simplement un colporteur. Ce qui ne manquera pas d’avoir des conséquences pour son fils. Le cadre international et transversal de cette éclairante série radiophonique est ainsi bien établi. Il variera peu, parfois avec l’ajout de noms importants et de contributions majeures. Dans le demi-siècle qui sépare les deux plus importantes émissions radiophoniques au sujet de Freud, de 1969 à 2018, nos connaissances en termes d’histoire de la psychanalyse furent radicalement bouleversées. Les contributions allemandes, décisives, puis anglaises, toutes deux très factuelles, mirent fin aux légendes. L’œuvre d’Elisabeth Roudinesco au sujet de la vie de Freud, en prend acte, délimitant les paramètres de la psychanalyse dans son siècle. Une seule remarque. Nous savons que les tentatives de Jakob Freud pour établir sa famille à Leipzig échouèrent à cause d’un refus net des autorités allemandes. Parmi les diverses raisons qui ont conduit les Freud à Vienne, le rapprochement d’Amalia avec sa famille sans doute compta. Mais pourquoi quitter Přibor ou Freiberg ? Une seule et puissante raison : les deux frères faussaires de Jakob, condamnés à la prison ferme, et la honte jetée sur leurs familles ; leurs portraits à la une des journaux et la visite au domicile de Jakob par la police locale. Gay résume cet épisode de la petite enfance de Sigi en or en quelques lignes : « En outre, les dernières années furent assombries par l’inculpation, la condamnation et l’emprisonnement de Josef Freud, frère de Jakob, qui trafiquait des faux roubles, une catastrophe qui traumatisa toute la famille. Freud n’avait pas grande estime pour son oncle Josef, qui devait par la suite envahir ses rêves, et dans L’Interprétation des rêves, il raconte que ce désastre avait fait en quelques jours blanchir les cheveux de son père. Un chagrin sans doute teinté d’anxiété, car il semble bien que Jakob Freud lui-même et ses fils émigrés à Manchester étaient impliqués dans les combinaisons de l’oncle Josef, ou du moins au courant. » (P. Gay, 1988, Freud, une vie, p. 13). L’émission ne mentionne rien de cette éprouvante et importante affaire. Mais ne gâchons pas notre plaisir. Jurok ou Petras rappellent entre autres que Wladimir Granoff, cher à notre mémoire, a été le seul à ce soucier de connaître le mot tchèque pour les sous volés par la bonne d’enfants qui s’occupait de Freud : c’étaient des pénis ou pennies, comme en anglais. Pour conclure, n’oublions pas de mentionner la bande sonore, les voix de chacun, mais aussi la piste musicale, l’impayable Shrinkrap, de Robert Wyatt (Dondestan, Rough Trade). Ne manquez pas non plus de visiter le site à https://www.franceculture.fr/emissions/grande-traversee-moi-sigmund-freud/siggi-un-enfant-en-or pour apprécier les belles photos. (Cet article ci-présent fait partie d’une Histoire de la psychanalyse pour temps de reflux et marée base en cours d’élaboration. Ces données ont été partiellement publiées dans L’Invention de la psychanalyse. Freud, Rank, Ferenczi, Campagne Première, 2014)