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Bernard AccoyerBravo !

Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), a salué mardi la parution au Journal officiel d'un décret réglementant la profession de psychothérapeute, y voyant "une avancée considérable" après "11 ans d'un parcours du combattant".

Après quoi , de belles âmes diront que personne n’est content ni de la loi ni du décret qui l’accompagne et qui est finalement paru au Journal Officiel. Eh bien, ces commentateurs auront tort car il y a au moins un homme heureux dans cette affaire c’est Bernard Accoyer.

Mais de quoi Bernard Accoyer, numéro 2 de l’UMP, est-il satisfait ? Il nous l’explique avec sa clarté et sa bonhomie coutumière. :

"C'est une avancée considérable pour le droit des malades, le droit à l'information pour ceux qui ont recours à des psychothérapeutes. Il y a un nombre très important, dans notre pays, de psychothérapeutes autoproclamés, qui n'ont strictement aucun diplôme, aucune garantie de la moindre compétence. Leurs victimes sont malheureusement extrêmement nombreuses", a-t-il déclaré à la presse.

Oui, enfin on y voit clair ! Bon, pas tout à fait quand même. En témoignent les nombreux courriers reçus depuis sur le site. En gros leur teneur est identique : «  je veux m’installer comme psychanalyste, dois-je me soumettre à cette formation ? » Chacun détaillant ensuite sa situation particulière. Donc précisons tout de même pour ceux (rares) qui n’auraient pas lu durant ces onze ans les multiples versions de la loi, les décrets et leurs commentaires, qui n’auraient pas participés aux assemblées parfois houleuses, aux débats sur Internet en particulier sur le forum du site œdipe, qui n’auraient pas hanté les cabinets ministériels, et qui n’auraient pas lu l’ouvrage indispensable de Marie-Noël Godet (Des psychothérapeutes d'État à l'État thérapeute) ouvrage que nous ne saurions trop vous recommander et qui, de guerre lasse, auraient préféré se replonger dans la clinique pensant que tout cela ne concernerait pour finir que leurs petits enfants, précisons donc que le décret qui vient de paraître concerne l'usage du titre de psychothérapeute.

En clair, cela signifie que seuls ceux qui souhaitent mettre sur leur plaque, leur papier à en-tête, leur descriptif sur Internet (y compris sur le carnet d’adresse du site œdipe) ou sur le bottin le mot « psychothérapeute » sont concernés. Si vous n’usez pas de ce titre,si vous indiquez seulement « psychanalyste » ou « psychologue » vous n’avez rien à faire de particulier en rapport avec cette loi et ce décret, du moins en l’état actuel des choses.

On voit donc bien qu’aujourd’hui, même ceux qui sont directement concernés ont bien du mal à s’y retrouver. En ce qui concerne le commun des mortels n’en parlons même pas. Ce monde leur paraissait déjà d’une telle complexité qu’ils ont fini par adopter ce terme détestable entre tous de « psy ». Bon, dans « les psys » va s’ajouter une nouvelle sous-catégorie celle des psychothérapeutes inscrits sur des listes. La belle affaire. Il sera donc encore plus compliqué de s’y retrouver.

Certes, les psys en question, et les psychanalystes en particulier feraient bien de s’interroger sur ce qui a donné naissance à une telle confusion. L’histoire de leur discipline leur fournirait sans doute un début d’explication. La psychanalyse, discipline à part, issue des avancées de Freud, a bien du mal aujourd’hui à parler d’une seule voix. Les divergences théoriques, les luttes fractionnelles, les haines infernales ont tant œuvré dans le sens de la déliaison, dans le sens d’une pulsion de mort à l’œuvre que sa capacité à défendre ses acquis fondamentaux a largement diminué. Le psychanalyste « laïque » ni médecin ni psychologue, héros de sa discipline n’a jamais existé qu’à un nombre fort restreint d’exemplaires même s’il incarne le pas de côté que tous ceux qui ont une formation universitaire dans le domaine de la médecine ou de la psychologie sont conduits à faire dans le mouvement de leur propre analyse.

Dans la génération qui est la mienne, on suivait des études de médecine et de psychiatrie, ou l’on s’inscrivait en faculté de psychologie et l’on accompagnait sa formation universitaire d’une analyse puis d’un contrôle et l’on regardait avec respect ceux qui venus d’autres horizons (philosophes, chercheurs dans différentes disciplines, intellectuels de tous horizons) avaient fini eux aussi par décider de se frotter à la clinique. Mais les temps ont changé. Une vision anti-médicale primaire, un superbe mépris des autres disciplines, un triomphalisme de mauvais aloi, un verbiage, une surenchère de terminologie absconde ont contribué à obscurcir le débat et participé à la confusion générale.

Mais poursuivons sur le satisfecit de Bernard Accoyer.

"J'ai mis 11 ans à aboutir" bien qu'étant "passé par la case président du groupe UMP" à l'Assemblée puis président de l'Assemblée. "C'est un combat extraordinairement difficile et violent. J'ai été personnellement l'objet d'attaques inimaginables. Nous sommes dans le monde de la manipulation, des sectes", a ajouté M. Accoyer.

En fait de secte, Bernard Accoyer a surtout du batailler avec les représentants des professions concernées, les associations de psychanalyses, les syndicats de psychiatres, de psychologues, les associations de psychothérapeutes. Je n’ai pas le sentiment, mais peut-être suis-je dans l’erreur, que les sectes se soient beaucoup émues de l’action de Bernard Accoyer. Je m’interrogerai pour ma part davantage sur ce qui a fait reculer in extremis l’Assemblée Nationale devant l’interdiction de l’église de Scientologie. Car pour ce qui touche à la loi sur l’usage du titre de psychothérapeute, lorsque l’on sait le nombre de médecins et de gens diplômés qui sont investis dans des activités sectaires , on ne voit pas vraiment en quoi le décret pourrait en rien les gêner. Un petit diplôme de plus (un an à peine) et cette activité sectaire sera encore davantage couverte et légitimée par l’Etat. Un vrai succès…pour les sectes (et pour Bernard Accoyer).

Laurent Le Vaguerèse




1er Juin 2010

La vidéo pour ceux qui aiment particulièrement Bernard Accoyer ou qui souhaitent se faire peur (cliquer sur ce lien)

et tout particulièrement cette phrase :"B. Accoyer: Non, le problème qu'ils redoutaient, et qui peut d'ailleurs se produire maintenant, c'est que les auto-proclamés qui représentent probablement plus de dix-mille professionnels en France, les auto-proclamés maintenant qu'ils ne vont plus pouvoir s'appeler "psychothérapeutes", ils vont peut-être chercher un autre nom, et je pense que certains psychanalystes redoutent cela. C'est un problème. Eh bien, il faudra faire pour les psychanalystes -mais j'espère en moins de onze ans!- , ce que j'ai fait pour sécuriser les usagers, ceux qui sont en souffrance, et qui ont besoin de leurs soins."